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Qu’est-ce qu’un spécimen en pêche de la carpe ? Réflexion sur la course aux gros poissons

Gipcy, 25 avril 2022


Spécimen, voilà un mot qui fait couler beaucoup d’encre depuis des années.

Un mot qui a fait perdre la raison à de nombreux d’entre nous et qui n’a pas fini de bouleverser la vie de bien d’autres à travers le monde.

Un mot que l’on élève au rang de pièce maîtresse dans la quête du Saint Graal.

Mais ce mot est-il utilisé à juste titre ?D’ailleurs, un spécimen, c’est quoi en 2022 ?


un homme portant une grosse carpe dans l'eau
Une grosse carpe est-elle forcément un spécimen ?

Étymologie, traduction et cafouillage :

D’origine latine, le mot spécimen désigne un objet ou un individu représentant son espèce.

Très loin du sommet de la pyramide, le spécimen n’est donc, ni plus ni moins, qu’un échantillon.


Pourtant, si l’on jette un œil aux traductions et aux usages de ce mot dans différentes langues, on remarque assez rapidement que la phonétique du mot “monster” revient régulièrement.

Le lien devient alors perceptible : on associe naturellement l’idée de “gros” à celle de “monstre”. Dans cette logique, un spécimen pourrait donc être un monstre… et par conséquent, être gros.


Parmi les hypothèses concernant l’origine de cette appellation, je préfère celle qui évoque une simple commodité de langage : le raccourci de l’expression “spécimen rare”, progressivement réduit à “spécimen”.


Quoi qu’il en soit, pour la plupart des carpistes, un “spécimen” est aujourd’hui considéré comme un gros poisson. Un “specimen hunter” devient alors un traqueur de gros poissons, et le “specimen hunting” la pratique de cette quête exclusive.

Mais ce raccourci, bien que profondément ancré dans l’esprit de nombreux pêcheurs, est-il réellement juste ?

Un spécimen doit-il forcément être un gros poisson ? Et si tel est le cas, quel poids faut-il atteindre pour entrer dans cette catégorie ?


Un homme portant une petite carpe commune
Futur « specimen » ?

Historique :

Dès la fin des années 80, certains pêcheurs se sont démarqués des autres par leurs capacités à capturer des poissons plus gros que la moyenne, et plus souvent que les copains.

Certains d’entre eux s’intéressaient tellement à ces poissons hors normes qu’ils commencèrent à les traquer en dehors de leurs zones de confort.

L’espoir de capturer ces monstres d’eau douce leur faisait repousser leurs limites jusqu’à parfois essayer de prendre “tous” les gros poissons possibles, connus ou moins connus…


Le specimen hunting était né !


En France, dans les années 90, les poissons de plus de 20 kg étaient considérés comme de véritables spécimens, alors que ceux entre 10 et 15 kg avaient une étiquette plus “classique”.


Pourtant, non loin de là, dans le pays d’origine de ce nouveau mode de pêche, la limite de poids pour considérer un spécimen était plus basse et la barre des 30 livres était une barre solide, pas si facile que cela à franchir.

30 livres ne correspondent pourtant qu’à 13,6 kg.


Aussi futile que ce soit, ces quelques petits kilos d’écart marquaient déjà une frontière entre nos deux pays, provoquant beaucoup plus de visites halieutiques dans un sens que dans l’autre.


Une sorte de tableau imaginaire référençant les caractéristiques pour classer un poisson dans la case spécimen s’est rapidement invité dans les têtes des carpistes et les fameuses “barres mythiques” voyaient le jour, comme pour catégoriser les poissons… et les pêcheurs.


Finalement, malgré les années, nous sommes restés dans ce contexte étriqué, cultivant ces fameuses “barres” sans forcément y associer de nombreux paramètres à forte influence comme les différents types d’eau pêchés, leur historique ou encore la nature de leurs cheptels.


Un homme portant une carpe longue carpe commune
Dans les années 90, un poisson de cette taille était considéré comme un véritable spécimen. Aujourd’hui, dans certaines régions, ce calibre est presque devenu un simple poisson “fourrage”.

Puis vinrent les années 2000 et le nombre de pêcheurs grandissant amena évidemment un nombre de captures grandissant.

La France était toujours dans le haut du panier avec une moyenne de poids bien plus importante que dans ses pays voisins (enfin de ce que l’on en savait, c’est-à-dire pas grand-chose).

Notre pays était clairement l’eldorado du “specimen hunting”, avec notamment certaines eaux exceptionnelles qui produisaient des poissons records de plus en plus fréquemment.


C’était une nouvelle ère et il devenait de plus en plus difficile de discerner les “specimen hunters” des carpistes lambda tant les captures de gros poissons étaient en hausse.


Vinrent ensuite les années 2010 et le début du grand chamboulement.

La barre des 35 kg était de plus en plus souvent dépassée et tous les profils d’eau étaient maintenant capables de produire de très grands poissons.

La moyenne générale de poids explosa, tout comme le nombre de specimen hunters d’ailleurs, et ce qualificatif perdit petit à petit son sens tant ce simple rapport de chiffres ne voulait plus rien dire…


Et puis arriva la première capture d’un poisson de plus de 40 kg dans le domaine public, naturellement, sans artifices… Un événement tout simplement inimaginable 10 ans plus tôt !


Aujourd’hui, il devient difficile de s’accorder sur la notion de gros poisson.

J’ai vu certains pêcheurs dédaigner des poissons de 20 kg alors que ces véritables colosses faisaient rêver ces mêmes pêcheurs seulement quelques années plus tôt.


Non, les anciens gros poissons ne sont pas devenus petits : ils ont juste été dépassés par des poissons géants !


Cette course au “toujours plus” semble interminable et a clairement tendance à nous faire perdre raison.


Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les anciens codes ont été cassés et remplacés par d’autres. De nouvelles “barres mythiques” sont maintenant ancrées dans les esprits des carpistes… mais jusqu’à quand ?


Un homme portant une grosse carpe miroir
De toute façon, les "bigs", c’est nul : ça fait mal au dos !

À chacun sa définition d’un spécimen :

C’est peut-être à force d’entendre ce mot employé avec étonnement que j’ai fini par lui donner un sens presque opposé à celui que lui attribue le dictionnaire.


Pour moi, un spécimen, hors contexte analytique, est avant tout quelque chose d’extraordinaire, un élément qui se distingue par sa capacité à être différent de l’ensemble.


Concernant les carpes, cet individu peut se démarquer par son poids, bien sûr, mais aussi par toute autre caractéristique qui le rend exceptionnel par rapport à ses congénères.

Sa taille, sa beauté, son origine ou encore son comportement sont autant d’éléments susceptibles de faire d’un poisson un spécimen à mes yeux.

Je pense que cette règle s’applique à toutes les eaux, et c’est pourquoi j’estime que chaque milieu cache des spécimens… ses propres spécimens.


un homme portant une carpe fully scaled
Ces poissons resteront probablement ceux qui me procurent le plus d’émotion.

Spécimen rime parfois avec extrême :

Ce qui me dérange un petit peu dans la pratique du specimen hunting “classique”, c’est que l’on prend le risque de s’enfermer dans un univers cloisonné, s’empêchant par la même occasion d’apprécier à sa juste valeur tout ce qu’il y a à côté de ces fameux “spécimens”.


Raisonnons comme un specimen hunter :

Si mon but est de prendre les plus gros poissons possible, je vais donc pêcher exclusivement des eaux qui peuvent abriter ce genre de poissons.

Je vais les pêcher uniquement aux époques où les poissons sont à leur poids maximum et d’une manière bien spécifique afin de mettre le plus de chances de mon côté de pouvoir les sélectionner.


Pourtant, il y a tellement de choses enrichissantes dans cette pêche et qui ne tournent pas forcément autour des gros poissons…


Chacun est libre de ses choix et de s’épanouir comme il l’entend, mais de ce que j’ai pu observer, les extrêmes ne sont que l’ennemi de l’équilibre, si important à la longévité.


Personnellement, je suis aux antipodes de ce fonctionnement.

J’étais encore gamin quand j’ai compris que je pouvais prendre autant de plaisir à capturer un poisson de 15 kg dans une gravière qu’un carpeau de 2 kg dans un ruisseau.

Fort heureusement, rien n’a changé aujourd’hui et c’est dans la diversité que je m’épanouis.


J’aime à dire qu’il faut parfois savoir se priver des choses pour en retrouver la saveur et je suis persuadé que si je devais m’enfermer dans une bulle telle que le specimen hunting “old school”, je perdrais certainement le goût de cette passion.


Il me paraît évident que pour pérenniser le plaisir de traquer les spécimens, il est indispensable de savoir s’en priver et se concentrer sur d’autres poissons plus modestes.


Je n’ai jamais été un specimen hunter et je ne le serai certainement jamais, car même si les poissons exceptionnels me fascinent, ils doivent le rester (exceptionnels) pour rester fascinants !


Je suis toujours impressionné de croiser la route d’une grande, grosse ou simplement belle carpe et quand celle-ci possède ce petit truc en plus par rapport aux autres habitants du milieu, je dois dire qu’une émotion particulière se fait ressentir…


C’est un plaisir intense de recevoir un don de la nature.


Parfois, je me demande si je serais toujours aussi heureux de capturer un poisson exceptionnel si celui-ci le devenait moins du fait que j’ai axé ma manière de pêcher pour ne capturer que des poissons comme celui-ci.


Personnellement, je suis persuadé que non, car l’homme a cette fâcheuse tendance à s’habituer à tout.

Tu pourrais manger le meilleur plat du monde tous les jours que tu finirais par ne plus en avoir envie. Et je pense que cette règle s’applique à “tout” et à tous, hormis peut-être pour les rares personnes possédant la sagesse nécessaire pour apprécier chaque chose à sa juste valeur.


un homme portant une carpe dans un canoës-kayaks
Enchaîner une ribambelle de poissons de cette taille suffit à vous émerveiller devant un poisson de 12 kg comme au premier jour.

Un terrain de jeu gigantesque

Si l’on éprouve du plaisir à traquer l’élément rare parmi les autres, alors je pense qu’il y a de grandes chances que la passion ne s’essouffle pas, car les frontières du terrain de jeu sont à peine perceptibles.


Tenter de capturer le sommet de la pyramide d’un biotope est fascinant.

Réitérer l’expérience sur un maximum d’eaux différentes peut pérenniser cette sensation sur une durée incalculable, mais si l’on y ajoute une dimension plus large en incluant des profils autres que la simple masse d’un poisson, alors la partie devient infinie.


Attraper une miroir dans une eau où nagent 99 % de communes est quelque chose d’exceptionnel.

Ce poisson, quel que soit son poids, ne serait-il pas un spécimen ?

Un poisson de la vieille génération d’un lac qui s’est vu ré-aleviné depuis des années et qui se retrouve à être un individu tout à fait particulier par rapport aux autres ne peut-il pas être un spécimen ?

Un poisson observé depuis des lustres mais que personne ne prend, cette carpe aux écailles grandes comme la main qui se démarque esthétiquement de toutes ses congénères, ce poisson à la robe cuivrée au milieu de tous ces autres poissons tout gris…

Tous ces poissons atypiques ne sont-ils pas des spécimens de leur milieu ?


Un lac de montagne aux eaux turquoise
Ici, les spécimens dépassent rarement les 10 kg, et pourtant je suis impatient d’y retourner.

Personnellement, j’estime que oui, car finalement, hormis une limite de poids évolutive en fonction des époques, la notion de spécimen n’a rien de concret et n’appartient qu’à la valeur que l’on accorde à une prise.


Alors pourquoi ne déciderions-nous pas nous-mêmes quels seraient les spécimens à nos yeux ?


Ne serait-il pas temps de casser les codes et de changer notre perception des choses ?

Pourquoi ne pas qualifier un spécimen en fonction du bonheur ressenti à la capture de celui-ci ?


Il existe bien d’autres critères que la simple notion de poids chez ces monstres aquatiques, bien d’autres critères qui peuvent les sortir de la norme et les rendre plus ou moins fascinants, plus ou moins mystiques, plus ou moins uniques.


Car au fond, la vraie valeur d’un poisson ne se mesure peut-être pas en kilos… mais dans l’émotion qu’il nous laisse.

Soël


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