Incomparable comparaison: Les origines de la guerre, ou simple philosophie de pêcheur ?
- brichesoel
- il y a 1 jour
- 6 min de lecture
Texte adapté depuis une base disponible dans le numéro 1max2carpe #9
Gipcy – 20 février 2022
J’aime à penser que nous serons tous d’accord sur un point : l’être humain a une certaine affection pour la bagarre.
Cette recherche permanente du conflit a déjà fait couler beaucoup d’encre… et il y a fort à parier qu’elle continuera encore longtemps.
Tous les sujets semblent bons pour alimenter la discorde. À croire qu’il ne peut pas exister de quiétude sans qu’une bonne vieille dispute ne vienne, au préalable, mettre un peu d’huile sur le feu.
Incapable de laisser son prochain vivre sa vie comme il l’entend, l’homme observe, juge et critique, qu’on lui demande son avis… ou non.
Depuis que je suis en âge de comprendre les discussions des grandes personnes, j’ai toujours entendu les uns critiquer les autres, d’une manière ou d’une autre.
Et dans le milieu de la pêche, c’est exactement pareil.
On adore critiquer son voisin.
C’est presque comme si cela faisait partie du package : le bob, le parasol… et les canettes de bière.
J’appuie volontairement sur ce cliché un peu grotesque, mais, comme le dit si bien l’adage : il n’y a pas de fumée sans feu.

Toutes ces critiques gravitent autour de ce traditionnel besoin de comparaison.
Or, un proverbe ancien dit : « Comparaison n’est pas raison », car toute comparaison possède ses limites.
Et s’il y a bien un milieu où la comparaison est difficile, objectivement parlant, c’est bien la pêche.
Alors, comment peut-on réellement imaginer calculer un résultat provenant d’une équation avec autant de variables ?
Que l’on se compare sur des éléments rationnels, comme des performances physiques, je peux le comprendre.
D’ailleurs, s’il existe autant de compétitions dans tant de disciplines différentes, c’est bien qu’il doit y avoir matière à se comparer.
Mais concernant la pêche, j’ai du mal à distinguer le côté pragmatique de la démarche.
Il existe des concours de pêche depuis toujours, mais à la fin de ces événements, quelqu’un sort-il réellement comme meilleur que les autres ?
Soyons rationnels : le vainqueur a été meilleur que les autres ce jour-là, oui.
Dans telle situation, sur tel poste, avec telle météo…
Ce résultat inclut également telle ou telle erreur des participants de la compétition, ainsi que des dizaines d’autres paramètres qu’il n’est pas forcément nécessaire de citer pour comprendre l’idée que j’expose ici.
Cela fait-il de ce pêcheur un « champion » incontesté ? Non, je ne le crois pas.
Qu’en est-il de ce pêcheur qui eut, un jour de gloire, la chance de capturer ce poisson géant dans le bayou du coin ?
Il a attrapé un poisson record ! Cool. Cela fait-il de lui un pêcheur exceptionnel ?
Bon, alors il faudrait peut-être parler de ce profil de pêcheur qui accumule les bons résultats régulièrement, un peu partout.
C’est peut-être lui, le fameux « super pêcheur » à qui tout le monde devrait porter le plus grand respect ?
Pourquoi pas. Mais qui nous dit que lui seul est capable d’accumuler ce genre de résultats ?
Est-ce le fruit d’une recherche personnelle, celui d’une collecte d’informations minutieuses ? A-t-il été aidé pour mener à bien son projet ?
Là encore, il n’est pas très difficile de se rendre compte que de nombreuses variables entrent en jeu.

Différents profils, différentes approches, différentes conditions
Un compétiteur peut-il se comparer à un specimen hunter ?
Y a-t-il du sens à comparer les résultats d’un baroudeur et ceux d’un pêcheur pratiquant le « cibling » près de chez lui ?
Peut-on réellement considérer qu’un pêcheur pratiquant full time est meilleur qu’un pêcheur pratiquant occasionnellement ?
Non, évidemment.
Et le non-sens de comparer différents pêcheurs, malgré des profils similaires, est lui aussi évident !
Pourtant, la plupart d’entre nous finit par se dire, un jour pas fait comme un autre : « Je vais faire mieux que lui ! »
C’est, à mon sens, tout à fait impossible, car les conditions ne seront jamais totalement identiques.

Les réussites du jour ne font que masquer les échecs de demain.
Si je devais retenir une chose que la pêche m’apprend chaque jour, c’est que rien n’est jamais acquis.
L’humilité doit être le tuteur de cette plante folle qui ne fait que changer de direction en fonction du soleil.
Laisser l’humilité de côté est le meilleur moyen de s’égarer, ou pire, de s’arrêter dans sa progression.
Comparer l’incomparable est le meilleur moyen de gaspiller une énergie nécessaire pour avancer, ainsi qu’un temps précieux que l’on ne peut malheureusement pas étendre.
Que les résultats de chacun suscitent de l’envie, voire de la jalousie, je le comprends parfaitement. Mais que cela entraîne une compétition sans frontières, justifiant un manque cruel de civisme à bien des niveaux, je le conçois moins bien.
Tout est, une nouvelle fois, question d’ego.
La frontière entre l’estime de soi et l’égocentrisme est si mince que quelques kilos de poissons font vaciller bon nombre d’entre nous chaque année.
A priori, s’il y a un adversaire auquel on peut objectivement se mesurer dans le milieu de la pêche (si ce n’est le poisson), c’est bel et bien nous-mêmes.
Le seul élément comparativement intéressant au fil du temps.
Comparer son adaptation personnelle face à des situations déjà rencontrées apporte des informations sur un éventuel apprentissage, sur une potentielle adaptation.
Prendre plus de poissons que le voisin, à un moment donné, n’apporte finalement pas grand-chose de profond, hormis des théories plus ou moins fumeuses basées sur l’interprétation de différents événements.
Certaines fois, nous sommes témoins de scènes qui nous apparaissent comme de réelles clés.
Ces rares moments où l’on est persuadé d’avoir compris quelque chose…
C’est là que le danger guette.
Là où il faut finalement profiter de chaque minute, car la désillusion sera grande le jour où ce tour « magique » deviendra une simple « option » parmi les autres.

Éternel spectateur.
Bien qu’actifs à différents niveaux, nous restons les spectateurs d’une nouvelle scène de théâtre à chaque partie de pêche.
Parfois, les acteurs ainsi que le décor restent les mêmes, mais la pièce change à chaque fois, que ce soit dans les petits détails de son contenu ou dans l’issue même de l’histoire.
C’est ce qui donne un aspect magique à cette science inexacte. On aura beau tenter de maîtriser au mieux chaque paramètre, l’imprévu restera toujours une variable active de l’équation.
Alors, à quoi bon spéculer sur le fait qu’un pêcheur soit meilleur qu’un autre, alors qu’on ne pourra jamais réellement le déterminer ?
Il y a des profils avec plus ou moins d’expérience, plus ou moins de facultés à s’adapter. Des profils plus ou moins patients, plus ou moins déterminés, plus ou moins chanceux… Mais en aucun cas un pêcheur ne sera objectivement meilleur qu’un autre, car ce constat est tout simplement impossible à établir.
Chacun fixe les règles de son propre jeu !
On joue tous sur le même terrain, mais on a tous la possibilité de fixer nos propres règles.
Et c’est bien pour cela que dépenser son énergie à se comparer aux autres n’est, à mes yeux, que source de névrose…
Quoi qu’il en soit, personne ne ressortira gagnant, car la roue ne cessera jamais de tourner.
Je ne peux m’empêcher de réfléchir encore et toujours aux mêmes questions concernant les motivations possibles derrière ce besoin de comparaison.
Quelle est notre place dans cette société ?
Qui sommes-nous ?
Où sommes-nous placés ?
Pour combien de temps ?
Vivons-nous pour nous, ou pour jouir de l’image que les autres ont de nous ?
Que reste-t-il de nos motivations de vie ?
Mais au fait… pourquoi je pêche ?

Conclusion:
Cela n’engage que moi, mais je pense que cesser ce processus primaire de comparaison supprimerait bien des querelles et permettrait peut-être de retrouver une harmonie cruellement absente d’une pratique qui aspire bien plus à la philosophie… qu’aux mathématiques.
Soël
Dans la même veine :
Pourquoi je pêche?
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