Projet « P’tits poissons »
- brichesoel
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
« Le projet est le brouillon de l’avenir. »
Pendant plus de trente ans, la carpe nous a offert bien plus que des souvenirs de pêche. Elle nous a donné des nuits blanches chargées d’émotions, ouvert des portes vers des amitiés solides, permis de découvrir des paysages à jamais gravés dans nos mémoires et, parfois, des poissons que nous n’oublierons jamais.
La création de l’association Brakass Adventure nous a permis de partager certains de ces moments à travers des films, des photos et des récits. Mais il arrive un moment où raconter ne suffit plus : il faut aussi agir.
C’est dans cet état d’esprit que l’association s’investit aujourd’hui dans un nouveau secteur d’activité.
Si la création de contenus vidéo, photo et éditoriaux reste le fer de lance de notre collectif, nous avions à cœur de développer des projets à vocation plus concrète et d’utilité collective.
Dans la continuité des messages que nous tentons de transmettre à travers nos productions, nous cherchons, avec cette initiative, à embellir le futur par de petites actions menées au présent.
Contrairement à d’autres projets menés par l’association — comme la dépollution de sites ou les actions pédagogiques, cette initiative est très ciblée et concerne principalement la niche des passionnés de la pêche de la carpe.

LA NAISSANCE DU PROJET
Inspiré d’un projet d’alevinage mené dans des canaux belges et financé en partie grâce à la trésorerie du magazine Monkey Climber, le projet "P'tits poissons" se dessine en mars 2025.
À cette période, Soël est sollicité par un ami pour vidanger un étang destiné à la reproduction de carpes.
Des centaines de fullys, linéaires, ghosts et koïs passent alors sur la table de tri… de quoi faire rêver n’importe quel carpiste.
À la fin de la vidange, quelques jeunes poissons sont récupérés par Soël et confiés à son ami Yohan Cornibe, alors en pleine recherche de spécimens prometteurs afin de les faire
grandir.
L’idée commence alors à germer : pourquoi ne pas essayer de récupérer des poissons afin de les relâcher dans le domaine public ?
Le projet est présenté aux membres de l’association et devient rapidement un sujet central de discussion chez les Brakass.
Les questions s'imposent naturellement :
Quels sont les objectifs réels ?
Quel serait le coût financier global ?
Quels seraient les risques sanitaires et logistiques ?
À vrai dire, il y a probablement plus à perdre qu’à gagner sur le plan purement pratique, mais symboliquement, ce projet a un sens unique et résonne profondément dans nos cœurs de passionnés.

LA PÊCHE DE LA CARPE EN FRANCE : CHIFFRES ET RÉALITÉS
Avec plusieurs centaines de milliers de kilomètres de rivières et de canaux, ainsi que des milliers de lacs et de retenues, la France possède l’un des plus vastes réseaux hydrographiques d’Europe.
Un terrain de jeu idéal pour les pêcheurs… et notamment pour les amoureux de la carpe.
Chaque année, environ 1,4 million de cartes de pêche sont vendues en France.
Mais le nombre réel de pratiquants est bien plus élevé : plusieurs millions de Français pêchent de manière occasionnelle.
Au sein de cette communauté, la pêche de la carpe occupe aujourd’hui une place prépondérante.
Même s’il n’existe pas de chiffre officiel isolant précisément les carpistes, les estimations du secteur évoquent plusieurs centaines de milliers de pratiquants réguliers.

Histoire de mieux comprendre les enjeux
Lorsqu’un pêcheur achète sa carte, son argent est réparti entre les AAPPMA locales, les fédérations départementales et la Fédération Nationale de la Pêche en France (FNPF). Ces fonds servent à financer la gestion des milieux aquatiques, la surveillance, les études scientifiques, la restauration des habitats… mais aussi, dans certains cas, les opérations d’empoissonnement.
Dans les années 70 et 80, la logique était souvent simple : maintenir des populations de poissons pêchables grâce à des rempoissonnements réguliers.
Une part importante des budgets issus des cartes de pêche servait donc directement à acheter et introduire du poisson.
Depuis les années 1990, la gestion a progressivement évolué. Les politiques halieutiques privilégient désormais la restauration des milieux naturels et la reproduction naturelle des espèces.
Une approche plus écologique, mais qui signifie aussi que la part des budgets consacrée au rempoissonnement direct est généralement plus faible qu’autrefois,
ce qui se ressent aujourd'hui sur certains cheptels.
Ce que nous proposons aujourd’hui est un soutien à cet apport de sang neuf à long terme, en introduisant ponctuellement des poissons présentant une génétique remarquables dans des milieux où les populations s'avèrent vieillissantes.
DEUX APPROCHES COMPLÉMENTAIRES
Option 1 : L’achat de poissons — Projet « Boules de gras »
Cette option consiste simplement à sélectionner des poissons adultes disponibles en pisciculture afin de les proposer aux AAPPMA et fédérations partenaires du projet. Actuellement, la trésorerie de l’association ne permet pas de procéder à des empoissonnements spectaculaires. Néanmoins, grâce à certains dons
et notamment la réversion de la trésorerie de l’association « Alliance Pêche », nous pouvons dès cette année procéder à la première édition de rempoissonnement d’un grand lac du domaine public.
En ce mois de juin 2026, nous en sommes encore au stade des négociations, mais le projet suscite un vif intérêt et tous les acteurs regardent dans la même direction.

Option 2 : Faire grossir des « feuilles » — Projet « Des écailles dans les yeux »
Cette seconde option consiste à sélectionner de très jeunes poissons à la robe d’exception, à les faire grandir en milieu sécurisé jusqu’à environ 5 kg, puis à les proposer aux structures gestionnaires partenaires.
Cette méthode demande un investissement humain conséquent, car elle implique de :
Trouver et sécuriser des étangs de grossissement appropriés,
Organiser et suivre rigoureusement le nourrissage,
Gérer la pression des prédateurs naturels (hérons, cormorans, loutres),
Organiser les vidanges techniques,
Assurer le transport spécialisé et le contrôle sanitaire.
Cela dit, elle nous offre la possibilité unique de sélectionner les plus beaux sujets possibles à des coûts d'achat abordables, apportant une véritable valeur esthétique et patrimoniale au projet global.
Dans les milieux privés, ce type de sélection esthétique est extrêmement courant.
En revanche, il reste très peu développé dans la gestion du domaine public.
Avec le temps et les reproductions successives, la génétique des carpes tend naturellement vers la forme commune (communes sauvages), les phénotypes
miroirs ou atypiques devenant plus rares sans intervention humaine.
Certaines AAPPMA effectuent déjà des rempoissonnements en carpes miroirs « classiques ».
Nous avons choisi d’aller un peu plus loin… et de nous concentrer sur la beauté des écaillures. Une petite pierre à l’édifice, et un juste retour des choses envers un milieu qui nous apporte tant depuis notre enfance.

Une vision globale
Si la trésorerie de l’association le permet, les deux options seront combinées.
Cela permettra d’introduire rapidement quelques spécimens adultes issus de piscicultures, tout en menant un travail de fond pour faire grandir d’autres individus sélectionnés.
Nous disposons aujourd’hui d’un fournisseur de jeunes carpes particulièrement talentueux — et ami de longue date, ce qui constitue une opportunité idéale.
De nombreux professionnels et passionnés ont déjà manifesté leur intérêt pour contribuer activement à cette dynamique.
PRINCIPE DE DISCRÉTION GÉOGRAPHIQUE
Dans le cadre du projet « P’tits poissons », les plans d’eau accueillant ces spécimens ne seront pas divulgués publiquement (dans la mesure du respect de nos accords et des négociations avec nos partenaires).
Cette mesure essentielle vise à :
Éviter une pression de pêche immédiate et excessive sur des secteurs ciblés,
Préserver l’équilibre biologique et la quiétude des milieux,
Limiter les dérives liées à la sur-médiatisation de certains sites.
Le projet mettra en avant les poissons, leur développement et leur histoire, sans révéler les lieux précis de leur introduction.
L’idée n’est pas de faire du secret absolu, mais plutôt de maintenir un certain mystère et
de cultiver l’espoir de capturer des poissons exceptionnels d’ici quelques années aux quatre coins de la France.
"Le rêve de croiser un poisson d’exception ne devrait pas se limiter aux berges de tel ou tel lac médiatisé, mais s’étendre à l’ensemble de notre territoire."

UN PROJET RÉFLÉCHI, ENCADRÉ ET DURABLE
L’objectif n’est évidemment pas d’introduire des poissons au hasard ni de provoquer une surdensité néfaste.
Le projet vise à renouveler ponctuellement la génétique de certaines populations ou à soutenir des milieux où les carpes vieillissent et se reproduisent peu.
Des grands lacs emblématiques pourraient bénéficier de ce type d’initiative, mais uniquement après une analyse préalable sérieuse (estimation du
cheptel en place, surface, altitude, pH, nature des fonds, pression de prédation).
Ce projet ne peut s’envisager qu’en collaboration étroite avec les fédérations et les AAPPMA gestionnaires.
L’idée est d’agir progressivement, en introduisant ponctuellement des poissons remarquables afin de maintenir, sur le long terme, une diversité de robes qui fait rêver les pêcheurs.
Agir aujourd’hui pour que les générations futures puissent, elles aussi, croiser un jour ces poissons d’exception.
CONCLUSION
Ce projet, initialement symbolique, a le potentiel de devenir significatif à moyen terme. Une initiative menée par des passionnés pour de futurs passionnés, afin d'entretenir un patrimoine piscicole unique.
C'est une démarche tournée vers l’intérêt collectif, teintée de cette passion exclusive que seuls les amoureux de la nature et de la carpe peuvent pleinement saisir.
« Les projets sont les promesses que l’imagination fait au cœur, et rien ne nous empêche de cultiver les rêves de demain. »
Soël.



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